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Peter, Simon, et les garçons.


Il y a des périodes où certains artistes resurgissent dans l’air du temps. On ne sait pas si c’est un hasard ou un calcul, mais à la faveur d’une exposition, d’un livre, d’un film, ils apparaissent alors que leur travail (ou l’exploitation de celui-ci) est en jachère le reste du temps.

En ce moment c’est le cas du photographe Peter Hujar qui se retrouve au cœur de l’actualité culturelle, dans 3 pays différents, et dans 3 projets excitants qui remettent en avant son travail photographique.


Passons sur le prochain film d’Ira Sachs (« Franckie », « Passage ») qui s’appelle « Peter Hujar’s day » dans lequel Ben Wishaw joue le rôle du photographe. Le film vient d’être présenté au festival de Sundance mais nous ne pouvons héla rien en dire pour le moment.


En revanche, nous pouvons aborder deux projets qui se répondent de manière étonnante et aléatoire, une exposition londonienne à la galerie Raven Row, “Eyes open in the dark”, et un premier roman français brillant de Simon Chevrier, “Photo sur demande”.


Photographe américain d’origine ukrainienne, Peter Hujar a documenté la faune artistique et queer New Yorkaise jusqu’a sa mort d’une pneumonie liée au VIH en 1987. Figure moins connue que ses contemporains Robert Mapplethorpe ou Nan Goldin, ses photos apparaissent depuis quelques années sur des couvertures de disques ou de livres comme sur le premier album d’Anthony and the Johnsons et sa photo de Candy Darling sur son lit de mort ou bien le livre de Hanya Yanagihara, « Une vie comme les autres » et sa photo de la série « Orgasmic man ». Et aujourd’hui en couverture du premier roman de Simon Chevrier.


Mais cette photo de Peter Hujar n’est pas une simple illustration marketing pour attirer les potentiels lecteurs mais bel et bien l’un des enjeux dramatiques du livre, une quête existentielle qui prend autant de place dans la vie du narrateur qui, recherchant le modèle de cette photo vue par hasard chez un amant au dessus de son lit, enquête autant sur ses propres questionnements que sur l’identité perdue du modèle de Peter Hujar. Le roman, ou plutôt l’auto fiction, raconte une période de la vie du narrateur, entre escorting et perte du (re)père, plans GRINDR et recherche de l’amour comme paravent à la mélancolie, quête de l’identité d’un modèle photo et précarité étudiante.


Plutôt que de s’annuler les uns les autres, les sujets abordés par Simon Chevrier se complètent comme un mille-feuille. Ils se répondent sans ajouter une psychologie de pacotille au propos sec du narrateur. Le style presque ascétique de Simon Chevrier fait écho à une forme de désenchantement sans pour autant apparaître comme une fatalité ou un désespoir factice.

Un peu comme dans les photos de Peter Hujar, ou le systématisme du noir et blanc amène une forme de distanciation, de clacissisme malgré parfois la brutalité et la sexualitisation des sujets. La narrateur du roman se lit et se vit comme un être sexualisé, comme si parfois les outrances que ses clients lui font subir étaient on ne peut plus naturels. Il est le réceptacle d’un désir autre que le sien, comme un être qui se modele en fonction du pouvoir, de l’argent.


On se pose d’ailleurs la question des modèles en voyant les photos de Peter Hujar dans l’exposition « Eye open in the dark » à la galerie Raven Row à Londres. Quelle est la part d’improvisation du modèle et de mise en scène du photographe ? Est-ce Peter Hujar qui a demandé à son modèle de se sucer le pouce du pied sur la photo qui obsède le narrateur du livre de Simon Chevrier ? Ou était-ce une improvisation du moment ? Le faisaient-ils gracieusement au nom de l’art ou bien pour récupérer quelques dollars ?


Il y a dans le travail de Peter Hujar, outre les portraits de célébrités ou d’écrivains, beaucoup de phallus, donc du pouvoir inconscient. En train d’uriner dans un club, en érection comme celui du modèle Bruce de Sainte Croix, et aussi le sien dans des autoportraits nus. Le tabou du sexe masculin, de cette forme de virilité désirée et désirante est particulièrement troublante à la vue des photos car faisant partie d’un tout, de la création, de la nuit, mais aussi conjuguée au transformisme des créatures de la nuit, aux militants LGBTQI+ d’avant le Sida, pendant le Sida, et qui s’arrête à la mort du photographe. La mort qui rôde autour de cette jeunesse photographiée par Hujar. La sienne, prise en photo par son comparse David Wojnarowicz, mais aussi celle de Candy Darling et d’autres. Qui fait écho à la mort du père du narrateur de « Photo sur demande », mais aussi des angoisses encore réelles du VIH malgré les avancées médicales, comme si une punition pouvait toujours s’abattre sur les jeunes hommes queer.


Le sexe et la mort, liés, toujours. Dans les photos, dans les livres, dans la trajectoire de Peter, Simon, leurs modèles photographique, paternels et les autres. Mais aussi plein de désirs, de pulsions de vie, et de créations qui nous permettent de mieux vivre et de respirer.



Texte : Nicolas Vidal

 

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